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Elise, 34 ans, à la découverte de l'islam

Un premier Ramadan en confinement

"Allah te facilitera" : c'est avec ces mots que mes amies musulmanes m'ont rassurée lorsque je leur ai parlé de mon appréhension de débuter un premier Ramadan seule, et confinée. N'ayant jamais eu l'occasion d'en faire avant, ni même d'en discuter avec des personnes qui le faisaient, c'était une totale inconnue pour moi. Tout au plus avais-je jeûné quelques jours par semaine, en intermittence, quelques mois auparavant. Alors comment entrer dans ce mois, sans aucun modèle auquel se raccrocher ?

Mes questions étaient tout autant d'ordre pratique que spirituel. Que manger ? En combien de fois ? Est-il possible de continuer à faire du sport ? Quel serait le moment le plus propice ? Et surtout, comment mettre ce mois à profit pour approfondir ma relation avec Dieu, alors même qu'il n'y a plus de contact direct avec la Oumma et que l'entrée dans le Coran reste quelque chose de difficile pour moi ?

"Allah te facilitera" : conseils, soutiens et encouragements de mes ami.e.s musulman.e.s m'ont permis d'entrer sereinement dans ce mois de jeûne, en réalisant qu'il n'y avait pas une, mais plusieurs façons de vivre le Ramadan, et que je pouvais trouver la mienne. Ma mère m'a aussi écrit, le premier jour, pour me dire qu'elle avait décidé de quasiment se priver de pain, qu'elle affectionne, pour m'accompagner dans cette démarche... "Allah te facilitera"...

Je m'attendais à souffrir de la faim et de la soif, mais curieusement non (je m'étais même inscrite, stupidement, à un grand cours de cuisine le deuxième jour... qui s'est très bien passé). Chose à laquelle je ne m'attendais pas, ce sont plutôt mon sommeil et mon humeur qui ont fait des yoyos. Mais après quelques essais et ajustements, j'ai fini par adopter un rythme qui me permette au mieux de les préserver... et d'en tirer des leçons.


"Allah te facilitera"... Je me suis principalement focalisée au début sur la mise en place d'un nouveau calendrier : quand faire la cuisine, quand manger, comment réorganiser soirées et temps d'appels avec les amis qui, pour la plupart, ne jeûnent pas. Cette période a aussi coïncidé avec une charge de travail importante qui m'a laissé très peu d'espace mental pour autre chose que l'organisation du quotidien. Or à quoi bon jeûner, si le jeûne n'est pas accompagné de moments de prière de qualité ? J'ai poursuivi les enseignements à distance et les lectures débutés avant le jeûne, rendus possibles grâce au confinement. Ils sont exceptionnels et je suis vraiment reconnaissante d'avoir eu l'opportunité de les suivre en cette période. Je vis aussi intensément la rupture du jeûne, et la prière qui le suit, parce que je vois le jeûne comme une offrande, un acte concret en direction de Dieu. Et j'aime cette idée de l'adoration en actes, pas seulement par la prière - prière pendant laquelle, je le crains, je suis plus dans la demande que dans la gratitude... Le jeûne, lui, est pur don. Et pour une gourmande comme moi, ce n'est pas rien !

"Allah te facilitera"... : un des précieux enseignements que j'ai reçus pendant ce jeûne est celui du détachement. Un corps fatigué, éprouvé, guide différemment la tête et le cœur qu'un corps reposé et repu. Voir à quel point pensées et mouvements intérieurs sont dépendants de lui est une belle leçon d'humilité et de recul. "Tes émotions doivent être comme un cheval à qui l'on a mis un mors", m'a dit un jour un imam. Sur le coup, j'ai cru qu'il voulait dire qu'elle doivent être entravées, ou muselées - et je n'étais pas d'accord... Et puis j'ai compris et aimé cette image. Comme le cheval, les émotions doivent être canalisées, sans pour autant perdre de leur puissance ni de leur fougue, pour qu'elles soient comme la monture qui porte son cavalier plutôt qu'elle ne l'entraîne.

Tout comme l'inconstance de nos émotions, le jeûne met aussi clairement à nu les liens de servitude qui nous enchaînent. A quoi est-ce que je donne ma priorité, aujourd'hui, après l'Iftar et la prière ? Qu'est-ce que je choisis de faire, ou de ne pas faire ? Qu'est-ce qui me retient de prier plus, ou d'aller plus vers mes frères et sœurs ?

Trois prières qui m'ont été inspirées dans des moments d’épreuve accompagnent mon Ramadan :

"Ô, Seigneur, permets-moi d'accepter et délivre-moi des liens de servitude"
"Ô Dieu, puisses-tu être mon refuge, mon refuge dans la tourmente, mon refuge dans la colère, mon refuge dans la tristesse"
"Seigneur Dieu, Ô Dieu, permets-moi d'être en contact avec toi même lorsque mes besoins ne sont pas satisfaits et voilent mon regard"


Ainsi qu'une prière de St François d'Assise, "Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix".

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix :
Là où il y a de la haine, que je mette l'amour,
Là où il y a l'offense, que je mette le pardon,
Là où il y a la discorde, que je mette l'union,
Là où il y a l'erreur, que je mette la vérité,
Là où il y a le doute, que je mette la foi,
Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance,
Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière,
Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

Ô Maître, que je ne cherche pas tant :
À être consolé... qu'à consoler,
À être compris... qu'à comprendre
À être aimé... qu'à aimer.

Car,
C'est en donnant... qu'on reçoit,
C'est en s'oubliant... qu'on trouve,
C'est en pardonnant... qu'on est pardonné,
C'est en mourrant... qu'on ressuscite à la vie éternelle.
Amen.

St François d'Assise (https://oratoiredulouvre.fr/spiritualite/prier/seigneur-fais-de-moi-un-instrument-de-ta-paix)


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