Fondation de droit suisse reconnue d'utilité publique

Amal, jeune femme en situation de handicap physique,
nous livre son témoignage


"Pour moi, le Ramadan c’est toujours un mois particulier comme pour tout musulman, un moment toujours fort, mais aussi un défi d’adaptation. Je suis une femme de 31 ans, qui vit depuis mon adolescence avec une maladie dont les symptômes se sont aggravés d’année en année et qui est devenu un handicap. Je n’ai donc jamais pu faire un jeûne complet, j’ai rapidement eu de gros malaises, qui m’interdisent le jeûne. J’ai donc du composer avec cela. Bien sûr le Coran prévoit ce cas, je nourris donc des pauvres, en plus des dons que l’on fait durant le ramadan et l’année.

Cependant, ça m’a longtemps amené beaucoup de tristesse de pas pouvoir accomplir cet acte de foi et d’Amour... J’essaie de trouver une manière de participer, d’être dans le recueillement pour Allah, au même titre que ma famille. Avec les années je me suis rendue compte que bien que je ne jeûne pas de nourriture, je y suis quand même avec mon cœur, c’est assez difficile à expliquer.... Je me trouve dans un autre état, je suis dans une espèce de bulle. Au début du ramadan, j’oublie de manger, je suis rattrapée par le malaise qui arrive comme s’il me surprenait dans cet état un peu différent du reste de l’année...

Ce mois sacré est aussi un moment privilégié pour être en famille, parfois avec les amis, se retrouver ensemble dans une sorte d’état chaleureux. Et en même temps aussi de moments privilégiés pour lire ou écouter le Coran, apprendre une sourate ou ce plonger dans l’histoire de l’islam. L’année dernière j’ai pu lire le Coran en entier durant le Ramadan et cela m’a beaucoup aidé à me trouver dans cette progression à travers le mois. Lire le Coran en entier en un mois n’est pas facile et bien sûr ça veut pas dire que le reste de l’année on ne lit pas mais c’est comme si on lit de manière concentrée durant ce mois, et on sent vraiment une évolution dans la lecture et dans les sourates qui progressivement se rétrécissent et se concentrent... puis durant l’année je peux y revenir plus par petits bout... Plus j’avance dans le mois du ramadan plus une sorte d’intensité est présente, une force qui se communique bien que je lise la fatigue du jeûne sur le visage de mes proches, mais mêlé de sourires...

Mon quotidien depuis longtemps est synonyme de douleurs aiguës et violente qui me quittent jamais même pas la nuit où elles me réveillent en sursaut. Mes jambes me portent mal, la plupart du temps je suis en fauteuil roulant et mon traitement médicamenteux est lourd notamment en morphine. Je vis donc la plupart de mon temps dans mon lit, car je me fatigue très vite, moi qui aime tant bouger et rencontrer, j’ai dû m’accommoder à cette vie casanière. J’ai compris depuis un moment que ni moi ni les médecins ou thérapeutes ne peuvent changer cela. Mon travail de tous les jours est maintenant de vivre avec, ce qui est encore un défi... la déprime et de nombreux deuils sont aussi à traverser. Cette année, le ramadan a commencé quand le moral et les capacités physiques sont vraiment en bas. J’ai pas l’élan que j’avais l’année dernière pour explorer ou lire le Coran, je lutte pour sortir la tête hors de l’eau et participer un peu à ce mois. Les premiers jours ont été éprouvants, je m’en voulais à moi-même et à mon corps/situation... alors cette année je ne lirai pas le Coran en entier, pas même la moitié, mais je me rends compte que malgré tout, à tout petit pas je fais ce que je peux pour être dans le recueillement qui finalement je pense est dans mon cœur. La gratitude et la compassion est aussi une grande par de ce mois, la gratitude pour les bienfaits de Allah, pour cette beauté qui habite ce monde malgré les difficultés, la compassion pour les proches et pour les être humains en général, pour tout ces gens qui vivent de tellement peu...

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